Article repris sur une revue de 1954.

L'industrie Cotonnière du Maroc,fondée en février 1946 par quatre groupes de textiles Français,possède la plus belle usine de filature, tissage,teinture et blanchiment du Maroc (420 métiers automatiques).
Ses installations sont capables de soutenir avec succès la comparaison avec les grands établissements similaires d'Europe. Occupant une superficie couverte de 30.000 m2, l' Icoma reprèsente ce qu' il y a de plus perfectionné dans l' industrie cotonnière. Ses 30.000 mètres journaliers de tissus teints et blanchis sont entièrement livrés au marché Marocain,à destination du fellah principalement.
L'usine ICOMA en 1950
Fedala - usine ICOMA
Extrait de « Un port industriel du Maroc : Mohammedia » (Jacqueline Bourquerel Cahiers d’outre-mer, Bordeaux, 1970, pp. 277-306)

L'industrie textile est, à Mohammedia, en plein essor, représentée par la « Telima », les « Tissages mécaniques de Fédala », qui sont de modestes unités, mais surtout par ICOMA (Industrie Cotonnière du Maroc) Cette dernière société s'est hissée à un niveau vraiment national, actuellement seule usine « intégrée » qui groupe dans un même ensemble filature, tissage, blanchiment et teinturerie.
Fondée en février 1946 par plusieurs groupes textiles d'Alsace et du Nord de la France, cette usine fut établie à Mohammedia où existait déjà un embryon d'industrie textile. Peut-être doit-on voir dans ce choix de la localisation un souci décentralisateur, plus certainement une influence du prix avantageux des terrains, jointe à la certitude de trouver une main-d'œuvre disponible. Pourtant, les problèmes de l'alimentation en eau pour une industrie grosse consommatrice étaient plus difficiles à résoudre à Mohammedia qu'à Casablanca. Les bâtiments d'ICOMA s'élèvent en bordure de l'avenue Hassan-II, dans le nouveau quartier industriel. Ils couvrent une superficie de 50.000 m2. L’ensemble des ateliers comprend d'abord un bâtiment pour la réception de la matière première, de 1.200 m2. La filature et le tissage occupent environ 21.000 m2 couverts. Là fonctionnent 17.500 broches et 400 métiers à tisser. Si on songe qu'en 1968, l’industrie textile marocaine ne comptait que 150.000 broches au total, on mesure l'importance de cette filature. Entreprise très moderne, bénéficiant d'un important matériel, ICOMA a un capital estimé actuellement à 12 millions de [290] dirhams et la valeur ajoutée de cette entreprise approche les 20 millions de dirhams. Elle consomme mensuellement 750.000 kWh d'énergie électrique, car chaque métier à tisser a son moteur individuel.
ICOMA fabrique surtout de la « gabardine » et des « toiles de coton » ; sa capacité de production est de 6 à 7 millions de m2 de tissu par an. Seconde filature du Maroc, après la COFITEX, elle occupe le premier rang pour le tissage et la teinturerie en attendant que soit mis en route le « complexe textile de Fès » qui doit être, à l'image d'ICOMA, une unité intégrée.
D'où vient la matière première ? Le coton, pour une faible part, est fourni par les périmètres irrigués du Tadla, l'essentiel étant acheté à l'extérieur. Des États-Unis, du Texas surtout, on importe un coton à longues fibres, le « Virginia ». Exonéré de droits de douane, on le débarque en balles à Casablanca, puis des camions le transportent à I'usine. De Dakar et de Pointe-Noire arrive d'autre coton cultivé au Niger, au Tchad, en Haute-Volta. Mais les taxes nombreuses, les frais d'assurances et de transport élèvent considérablement les prix d'achat de cette fibre dont il serait souhaitable d'étendre la culture au Maroc sur les nouveaux périmètres irrigués. Quant à la fibranne utilisée, elle vient de France, d'Allemagne ou d'Espagne.
ICOMA ne vend pratiquement que sur le marché intérieur. Il existe trois catégories d'acheteurs : la clientèle traditionnelle qui se satisfait des tissus à bon marché pour « serouels » et « jellabas », les maisons de confection industrielle, lesquelles s'approvisionnent en toiles pour vêtements de travail et matelas, L'Administration qui achète pour l'armée et les hôpitaux. Jusqu'à 1969, aucune exportation n'avait eu lieu, mais, dans l'année qui suivit, la France importa plusieurs milliers de tonnes de tissu écru. Cette demande, provisoire peut-être, était liée à la crise du textile français et à la réduction de sa production. Cependant des accords avec le Marché Commun prévoient dans un proche avenir des exportations régulières de textiles du Maroc vers l'Europe. De telles dispositions seraient d'autant plus bénéfiques que le marché local, en dehors de quelques articles, sera bientôt entièrement satisfait par l'industrie nationale.
Photo de l'usine icoma en construction à Fédala Maroc en 1948
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